Overblog Tous les blogs Top blogs Politique Tous les blogs Politique
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
Publicité

Renverser la logique des banques centrales .

Publié le par domik27

man.gif

Par Denis Durand, secrétaire du syndicat CGT de la Banque de France (1).

Une cause fondamentale des turbulences boursières actuelles est la prévalence de l’accumulation financière et la tendance à la suraccumulation financière qui règne depuis vingt-cinq ans. La taille et le pouvoir des marchés financiers se sont démesurément accrus depuis la fin des années soixante-dix, sous l’impulsion notamment des États-Unis. Ce pouvoir s’est exercé en relation avec les politiques publiques et sur les gestions d’entreprise, de sorte que les entreprises donnent plus que jamais la priorité à la rentabilité de leur capital pour les plus gros actionnaires, et rationnent, pour y parvenir, les salaires, l’emploi et les dépenses de formation. De leur côté, les politiques économiques néolibérales poussent à la « flexibilisation » du marché du travail, mettent en cause les systèmes de protection sociale, freinent le développement et privatisent les services publics. Tout cela a fragilisé la croissance.

Le krach du printemps 2000, qui a annoncé la récession de 2001-2002, a partiellement « dégonflé » cette suraccumulation. Un nouveau cycle conjoncturel s’est enclenché, conduisant à une forte croissance dans le monde depuis 2004 avec l’essor des pays émergents, particulièrement. Mais le dégonflement n’a été que partiel. Depuis, les Bourses ont battu de nouveaux records avec, notamment, le financement d’implantations dans les « pays émergents » et les rachats d’entreprises avec effet de levier (LBO). Une partie de l’argent placé dans la finance s’est reportée sur l’immobilier.

Cette inflation financière n’a été possible que grâce à une expansion extrêmement forte du crédit et de la création monétaire. Le retournement du marché immobilier aux États-Unis a mis en difficulté dans le monde entier certains fonds fortement impliqués dans cette spéculation et de nombreuses banques, obligeant les Banques centrales à intervenir. Par leurs injections massives de liquidités, elles réussiront probablement à éviter, dans l’immédiat, un effondrement du système bancaire, mais elles auront relancé l’inflation financière : elles n’auront fait que repousser les échéances, jusqu’à une prochaine crise, qui sera encore plus grave, car déclenchée dans une conjoncture globale moins favorable.

Les mesures gouvernementales adoptées en France tendent à acclimater dans notre pays les moeurs dangereuses du marché hypothécaire américain. Et l’idée d’introduire plus de « transparence » dans le fonctionnement des marchés ne résoudra pas le problème. Dans l’hypothèse, sans doute la plus vraisemblable à ce stade, où les Banques centrales permettraient au système financier de tenir le choc et où la croissance économique serait encore suffisamment robuste pour résister au krach immobilier, les problèmes seraient-ils résolus pour autant ? Non, la suraccumulation financière serait toujours là. Et les dangers des prochaines crises seraient d’autant plus grands qu’elles risqueront de se produire dans une conjoncture mondiale beaucoup moins favorable. Les solutions doivent porter sur le fond.

Une composante essentielle consisterait à intervenir contre ce qui a permis la suraccumulation financière : la mobilisation des crédits bancaires au service de la spéculation et de la croissance des marchés financiers. Les Banques centrales devraient renverser la logique de leur politique monétaire. Au lieu de favoriser les opérations financières et de sacrifier l’emploi et la croissance réelle, elles devraient encourager les banques à financer en priorité les projets contribuant à développer l’emploi, la formation des salariés, le développement des nouvelles technologies. Elles en ont les moyens techniques. Leur mise en oeuvre est une question de volonté politique et d’efficacité des luttes sociales.

(1) Auteur de Un autre crédit est possible, Éditions le Temps des cerises.


Une trajectoire néolibérale impérialiste

Par Gérard Duménil, économiste, directeur de recherche au CNRS (1).

La crise financière du mois d’août a son origine aux États-Unis, dans les pratiques d’institutions financières privées. Ces entreprises sont massivement entrées, depuis peu d’années, dans le secteur du crédit (au logement, mais aussi à la consommation), garanti par l’hypothèque du logement. Elles se sont engagées sur le marché « juteux » des ménages présentant une faible capacité de paiement (« Personne ne veut vous prêter, nous si ! »). Elles financent leur activité en revendant à d’autres agents (particuliers ou fonds, nationaux ou étrangers) des titres qui sont la matérialisation de créances hypothécaires sur les ménages emprunteurs. Cette caractéristique explique pourquoi la crise se trouve « exportée », notamment en Europe, à ceux qui se sont rendus acquéreurs de ces titres (et pourquoi elle affecte la Bourse). Enfin, elles se sont substituées à des agences publiques, fraîchement nationalisées, dont la part du marché est en voie de régression. L’État néolibéral s’est donc privé d’un outil d’intervention dans les mécanismes du - crédit.

Sachant que le taux d’endettement des ménages aux États-Unis est gigantesque, on peut imaginer que la situation n’est pas prête de s’apurer. On prétend que deux millions de ces ménages seraient confrontés à la saisie de leur logement. Le problème est de savoir si les politiques de lutte contre les effets de la crise (la contamination à l’économie réelle et aux autres institutions financières) pourront assurer ce qu’on appelle « un atterrissage en douceur ». Les chiffres, qu’on peut lire dans la presse, correspondant au refinancement des banques par les crédits que leur octroie la Banque centrale (la « politique monétaire »), sont souvent fantaisistes. Aux États-Unis, le montant (le stock) de ces crédits a été porté de 25 milliards de dollars environ à 50 milliards pendant quelques jours. Rien de si fantastique (beaucoup plus avait été fait pour le 11 septembre 2001). On peut néanmoins observer, en fin de mois, une seconde vague de crédits, moins forte mais plus durable, qui révèle une persistance certaine de la crise - une seconde intervention de la FED qui semble avoir peu de précédents. Jeudi 6 septembre, nouvelle injection de 30 milliards, et pour quinze jours. Odeur de roussi ! L’ancien président de la FED, Alan Greenspan fait une déclaration explosive, comparant la situation actuelle à de - redoutables précédents historiques, notamment la panique financière de 1907 (il évite soigneusement d’inclure 1929 dans sa liste). Bien malin celui qui sait combien de temps il faudra pour méner l’assainissement à son terme. Mais il est clair que le gouvernement des États-Unis est complètement engagé à soutenir son économie, ce qui ne signifie pas qu’il métrise tout, notamment la - propagation internationale. Nous ne sommes plus en 1929.

La situation est compliquée, car - de toute manière, crise financière ou pas -, l’économie états-unienne est au bord d’une nouvelle récession. Tous les leviers des politiques de soutien de la production sont tirés (taux d’intérêt des crédits à long terme faibles, déficits budgétaires, dollar bas), si ce n’est que les taux à court terme sont remontés. Probablement pas pour longtemps, mais cela suffira-t-il à éviter la récession ?

En fait, il faut voir dans cette menace de récession et dans la crise financière deux manifestations des problèmes liés à la trajectoire sur laquelle s’est engagée l’économie des États-Unis depuis le début du néolibéralisme (soit plus de vingt-cinq ans) : consommation folle, déficit du commerce extérieur, financement de l’investissement par le reste du monde. Une trajectoire sans précédent, caractéristique de la configuration actuelle néolibérale impérialiste, sous hégémonie états-unienne. La rectification de cette trajectoire sera longue. Elle aura un coût ; crise et récession en sont les premiers épisodes.

(1) http://www.jourdan.ens.fr/levy

Publicité

Publié dans domik27

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article