Le gouvernement choisit l'affrontement .
Régimes spéciaux . Le ministre du Travail refuse toujours de négocier le cadre de sa réforme. Les syndicats de cheminots ont déposé un préavis de grève reconductible.
Le gouvernement persiste dans son refus de négocier le cadre général de sa réforme des régimes spéciaux. Au lendemain du dépôt d’un préavis de grève reconductible à compter du 13 novembre à 20 heures par six fédérations de cheminots (CGT, FO, CFTC, SUD rail, UNSA et CFE-CGC), le ministre du travail, Xavier Bertrand, continue d’ignorer leurs revendications et ne leur propose, par l’intermédiaire de la direction de la SNCF, que de discuter des modalités d’application de son projet. Ainsi, le directeur général Guillaume Pepy a fait part de la volonté de l’entreprise publique de « débloquer la grille de rémunérations pour les cheminots qui vont continuer à travailler au-delà de cinquante-cinq ans » et de créer une « retraite complémentaire ».
« un double statut pour les nouveaux embauchés »
Mardi, dans une déclaration faite à l’AFP à l’heure où commençait la réunion de l’interfédérale des cheminots, Xavier Bertrand avait d’emblée donné le ton en adressant une fin de non-recevoir aux syndicats. « Le passage à 40 annuités de cotisation, la mise en place d’une décote et d’une surcote et l’indexation sur les prix ne sont pas négociables », a-t-il déclaré. « Une provocation » aux yeux des organisations syndicales, qui ont, à l’issue de leur rencontre, accusé « le gouvernement et la SNCF de faire le choix d’un conflit plus long ». Les fédérations ont également rejeté la proposition émise par le chef de l’État lors de sa visite aux ateliers SNCF du Landy, à Saint-Denis. « Avec la mise en place d’un double statut pour les nouveaux embauchés, le gouvernement joue la division des anciens contre les jeunes », ont-elles rétorqué.
Le front syndical à la SNCF, où seule la FGAAC s’est engagée dans le processus de négociation par entreprise souhaité par le gouvernement, pourrait s’élargir d’ici le 13 novembre au cas où le gouvernement ne revoie pas sa position. Si le ministre du Travail n’apporte pas de « réponses concrètes » à ses revendications, la CFDT, qui pour l’instant ne s’est pas jointe au préavis de grève, devrait le faire même si elle exclut « un mouvement reconductible ». Favorable à l’allongement de la durée de cotisation des salariés des régimes spéciaux de 37,5 à 40 années, la centrale cédétiste réclame des négociations sur « la pénibilité, le niveau des retraites, l’intégration des primes les polypensionnés, l’assouplissement du calendrier de mise en place des décotes ».
« un ultimatum si
le gouvernement ne revoit pas sa copie »
Outre les cheminots, le gouvernement devra compter avec la mobilisation des électriciens et des gaziers et probablement celle des agents de la RATP. Constatant que le ministre du Travail refuse de négocier le cadre général de sa réforme, les fédérations CGT et FO de l’énergie, majoritaires dans le secteur, appellent les salariés à faire grève le 14 novembre prochain. Elles pourraient être rejointes mardi prochain par la CFDT, la CFTC et la CFE-CGC, au terme de « l’ultimatum » qu’elles ont fixé, si le gouvernement « ne revoit pas sa copie ». À la RATP, les fédérations syndicales doivent se rencontrer à nouveau en début de semaine prochaine. Elles attendent d’ici là « des réponses précises » et, à défaut, envisagent de rejoindre la mobilisation des cheminots, des électriciens et des gaziers. Enfin, un préavis de grève devrait être déposé à l’Opéra de Paris pour le 13 novembre par les personnels techniques concernés eux aussi par la réforme des régimes spéciaux.
Pierre-Henri Lab
l' Huma du 02 / 11 / 07