Urbi et orbi .
Par Régis TRILLES le dimanche 9 décembre 2007, 12:48 - France d'après - Lien permanent
Un jour, Jésus dit à ses apôtres: «Allez voir là-bas si j'y suis.» Ils y allèrent et il y était.
On se demande si le messie de la droite et du MEDEF ne va pas faire le coup un jour à ses ministres. On le croit au Guilvinec et il est déjà à New York. On le pense à Pékin, il est dans le Val-d'Oise. Là, il est en Algérie et devrait, comme on s'y attend, annoncer la bonne nouvelle sonnante et trébuchante. Quelques 5 milliards d'euros de contrats, après 20 milliards en Chine. Voilà qui ressemble à la pêche miraculeuse, si ce n'est à la multiplication des pains, quand bien même certains patrons, quoique soucieux de ne pas dévaloriser l’action présidentielle, confiaient avant ce voyage qu’ « il s'agissait de contrats en cours, négociés de longue date et qui allaient aboutir ». Il n'empêche: faute d'être au rendez-vous pour le pouvoir d'achat des Français - «Je ne suis pas le Père Noël »-, Nicolas Sarkozy en matière extérieure semble donner le sentiment d'un pragmatisme économique qui lui réussit.
Qu'importe, avait affirmé un jour un dirigeant chinois, qu'un chat soit blanc ou gris pourvu qu'il attrape les souris. Sauf qu'attraper des souris déjà empaquetées à demi n'est peut-être pas suffisant pour faire une politique à l'échelle du monde, de ses déséquilibres, de ses dramatiques inégalités, de ses révoltantes injustices, L'activisme présidentiel ne saurait à lui seul répondre à cette question:Quelle est la politique étrangère de la France?
On se gardera de chercher une réponse chez le ministre en charge de… Sauf à se souvenir que la nomination de Bernard Kouchner, l'un des seuls hommes politiques français à avoir soutenu l'intervention américaine en Irak, indifférent par ailleurs à la question palestinienne, n’était pas un très bon signe en direction du monde arabe.
Pour le reste, à part faire la leçon à tout le Liban et faire le tartarin sur l'Iran - « La guerre, monsieur, la guerre..”, on voit mal ce qu'il en est. Il confiait hier, dans une tribune du Monde, que le dossier de la chaîne TVS Monde était, «le premier dont je me sois emparé à mon arrivée au ministère“, afin de participer à «la narration du monde“. Raconter la France,à moins qu'il ne se la raconte. Mais pour dire quoi?
Quel est le message de la France, aujourd'hui, dans le monde et au monde ? Urbi et orbi? Le moins qu'on puisse dire, c'est que sans doute, il se brouille. Quand le président du pays où « Liberté, Egalité, Fraternité” est inscrit au fronton des mairies affiche sa proximité avec les puissances d'argent, ce n'est pas du meilleur goût pour les damnés de la terre. Quand il adresse ses félicitations à Vladimir Poutine pour son élection alors même qu'il déclarait, voici quelques mois, qu'iI ne lui serrerait pas la main, on s'inquiète pour sa conception de la démocratie.
Quand il se livre à un numéro de valse-hésitation sur le colonialisme en renvoyant dos à dos colonisateurs et colonisés, il faut se demander comment s'écrit le présent lorsqu’on continue à traîner les fantômes de l'histoire. Ce n'est pas un hasard si le traité d'amitié avec l'Algérie préparé par son prédécesseur avec le président Bouteflika ne sera pas signé. comme ce n'est pas un hasard si la mémoire de l'oppression et de la guerre travaille toujours sourdement l'imaginaire des banlieues.
En revanche, l'alignement de la France sur les positions américaines, ou plus exactement sur les positions du président Bush. jusqu'au ridicule, est patente, comme dans l’affaire du nucléaire iranien. Et ce ne sont pas les déclarations de Nicolas Sarkozy sur la défense européenne « indépendante» qui peuvent l'infirmer.
L'indépendance en question, en effet, ne se comprend qu'en accord avec les objectifs de l’OTAN que la France par ailleurs réintègre pleinement. Le seul message qu'apporte au monde Nicolas Sarkozy en l’état, c'est celui des puissants de la planète, du partage des marchés et du gâteau Terre .
A leur seul profit.