La croisade ultralibérale du FMI .
Économie . Les conclusions sur la France de la mission du Fonds monétaire international (FMI), aujourd’hui dirigé par Dominique Strauss-Kahn, sont un panégyrique de la politique de Sarkozy.
Le FMI, qui a aujourd’hui à sa tête le socialiste Dominique Strauss-Kahn, se félicite, dans les conclusions de son rapport de mission sur la France, parues vendredi, de « l’élection d’un nouveau président et la nomination d’un gouvernement ouvertement réformateur offrant à la France l’occasion historique de renouer avec une croissance soutenue ». Les vingt points abordés dans le texte égrènent stoïquement les recettes libérales défendues par l’institution, avec l’assurance que ne saurait pourtant lui conférer un système économique pas encore remis du séisme qu’a provoqué, sur le marché mondial, la crise des « subprimes » survenue l’été dernier.
Jugeant « les priorités et la méthode du gouvernement, en matière de réformes, appropriées », le rapport salue au passage « la décision de ne pas accorder de coup de pouce au SMIC en 2007 » et suggère « qu’elle soit pérennisée ». À cet égard le FMI voudrait la création d’une « commission indépendante » capable de « sensibiliser à l’impact d’un salaire minimum élevé sur le chômage et les finances publiques ».
L’institution dirigée par Dominique Strauss-Kahn s’interroge aussi sur les négociations en cours concernant le Code du travail, considérant qu’« une véritable rupture avec le passé et une amélioration réelle du fonctionnement du marché du travail nécessitent d’amender les dispositions juridiques régissant actuellement le licenciement économique, de manière à faciliter les ajustements de main-d’oeuvre sans passer par la solution, coûteuse, du licenciement individuel ».
Tout pour « libérer » le marché
Le texte se fait ensuite un panégyrique de la politique de Nicolas Sarkozy, « louant » l’assouplissement des 35 heures « car il permet aux entreprises de bénéficier d’une plus grande souplesse et de réduire leurs coûts salariaux indirects », « appréciant (…) à sa juste valeur le message que le paquet fiscal entend transmettre », ou, concernant la fusion ANPE-ASSEDIC, « se félicitant (…) que les autorités aient à nouveau placé le retour à l’emploi des chômeurs au coeur de leurs priorités, en proposant aux demandeurs d’emploi un accompagnement plus personnalisé assuré par une structure unique ».
Les obsessions de la vieille institution ne changent guère : accroissement de la concurrence, dérégulation et réduction drastique des dépenses de l’État, le tout pour « libérer » le marché. Favorable, dans le cadre de la réforme des retraites de 2008, à l’allongement de la durée de cotisation, le FMI précise même que « le degré de fermeté dont fait preuve le gouvernement sur l’allongement similaire de la durée de cotisation des régimes spéciaux s’avérera déterminant ».
S’il prône, en matière de santé et de protection sociale, une extension du recours aux franchises, le Fonds monétaire s’oppose à la création d’une cinquième branche « dépendance », jugeant que « les mécanismes d’assurance individuelle privée devraient jouer ici le premier rôle ».
300 LICENCIEMENTS PREVUS AU FMI .
Système financier, politique économique, droit du travail, finances publiques, politique budgétaire et protection sociale, tous les sujets sont abordés avec pour seul fil conducteur la capacité à « accroître la concurrence et le bien-être des consommateurs ». Sans se soucier des conséquences sociales de ses préconisations, dont le respect est, pour certains pays, le passage obligé pour obtenir les fonds nécessaires à leur survie, le FMI continue de relayer sans sourciller les intérêts des puissances financières.
Il reste que les 300 prochaines victimes du plan de licenciement prévu par Dominique Strauss Khan, au sein du FMI, pourront démentir l’idée selon laquelle l’arrivée d’un
socialiste à la tête de l’institution ne changerait rien…
l' Huma du 11 / 12 / 07
Frédéric Durand