Difficile renaissance pour la banane antillaise .

Publié le par domik27

agriculture . Aux Antilles, 2 700 exploitations ont été indemnisées, a affirmé François Fillon . Mais les livraisons de bananes n’ont pas encore repris.

Le 18 août, un puissant cyclone dévastait la Martinique et mettait à terre la quasi-totalité des banareraies de l’île. Quatre mois après le passage du cyclone Dean, les planteurs de Martinique remettent les plantations en état, ce qui se révèle d’une redoutable complexité. Entretien avec Daniel Nouvet, qui produisait 160 tonnes de bananes par an dans la petite ville côtière du Robert, et dont les plantations ont été anéanties à 100 %.

Où en étiez-vous dans votre année de production au moment du cyclone ?

Daniel Nouvet. Je n’ai pratiquement rien récolté. J’avais 3,2 hectares en exploitation et 1,4 hectare en jachère. Depuis, je travaille à la remise en état de mon exploitation. Les parcelles les plus anciennes étaient les plus endommagées. Dans celles-ci, il faut tout enlever, labourer et replanter. Sur les parcelles plus récentes, les bananiers ont été couchés par la puissance du vent. Les faire repartir est un travail difficile.

Quand comptez-vous pouvoir vendre des bananes à nouveau ?

Daniel Nouvet. Dans le courant de mars 2008. Mais le cyclone nous a drôlement compliqué la tâche. Avant, j’étalais la production en m’efforçant d’équilibrer les charges de travail qui sont plus lourdes au moment de la floraison des bananiers, puis au moment de la récolte. À la floraison, il faut compter les fleurs, mettre des barrettes de couleur différente qui sont autant de repères pour la coupe des régimes. Après le passage du cyclone, je me suis retrouvé avec 50 % de mes plants qui vont fleurir en même temps, puis produire en même temps. Nous risquons de connaître des problèmes de mise en marché avec des apports massifs à certaines périodes ; alors que les marchés européens sont pris actuellement par des bananes venues d’ailleurs.

Quel est le niveau de la perte subie par les planteurs martiniquais ?

Daniel Nouvet. Elle a été estimée à 120 millions d’euros et nous serons indemnisés à hauteur de 20 millions d’euros, soit environ 3 000 euros par hectare dont les deux tiers ont été versés, la troisième partie devant l’être avant le 31 décembre. Certains salariés travaillant dans la filière ont pu bénéficier d’un plan de formation rémunéré en attendant que le travail d’expédition reprenne. Les autres sont au chômage partiel. Les exploitants doivent vivre sur leurs réserves quand ils en ont. L’aide européenne - qui a été transformée en droit à paiement unique (DPU), comme pour les autres productions communautaires - a été la bienvenue dans ce cas précis.

Comment envisagez-vous le retour de la banane martiniquaise sur le marché européen et surtout français ?

Daniel Nouvet. Nous comptons sur la qualité de nos produits pour reconquérir nos clients traditionnels . Mais ce ne sera pas facile . D’autant qu’une campagne de dénigrement initiée par de premières déclarations alarmistes du professeur Belpomme a mis beaucoup plus de pesticides dans la tête des gens qu’il n’y en a vraiment dans nos sols. À qui cela profite-t-il, quand on connaît les convoitises des promoteurs immobiliers sur notre île, qui a pourtant besoin de son agriculture ?

Entretien réalisé par Gérard Le Puill

l' Huma du 08 / 01 / 08

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