7,5 milliards d'euros...et rien pour Gandrange .

Publié le par domik27

Sidérurgie . Arcelor-Mittal qui a réalisé un bénéfice record en 2007, persiste à vouloir liquider le site lorrain, qui n’aurait besoin que de… 30 millions d’euros d’investissements.

Du côté de Gandrange, dans la vallée mosellane de l’Orne, la nouvelle a suscité chez beaucoup un véritable sentiment de révolte. Mercredi, le numéro un mondial de l’acier a annoncé des résultats financiers pour 2007 d’un niveau sans précédent. Avec un chiffre d’affaires de 105 milliards de dollars, en hausse de 19 %, Arcelor-Mittal a dégagé un bénéfice net de 10,4 milliards de dollars - 7,5 milliards d’euros -, en progression de 30 % sur 2006. Et près d’un tiers de ce pactole - 3,1 milliards de dollars - tomberont dans les portefeuilles des actionnaires du groupe. Deux milliards de dollars en dividendes, 1 milliard en rachat d’actions. Ainsi en a décidé la direction d’Arcelor-Mittal, sous la houlette du patron, Lakshmi Mittal, lequel, du coup, se sert lui-même très généreusement : le PDG indien détient en effet 44 % du capital de l’entreprise. Cela ne l’a pourtant pas empêché de réaffirmer, le même jour, son intention de « restructurer » l’aciérie de Gandrange en liquidant 600 emplois, au motif qu’elle perdrait trop d’argent (36 millions d’euros en 2007).

Une décision illégitime

À Gandrange, les syndicats, convaincus que les difficultés de l’usine étaient largement évitables, prêts à démontrer la viabilité de l’outil de travail, voient dans l’annonce de ces chiffres la confirmation du bien-fondé de leur combat pour la sauvegarde du site. Cela « montre que la décision qu’a prise la direction pour Gandrange est illégitime », tranche le délégué CGT Gérard Lopparelli, qui lance « un appel à la révolte ». « Avec de tels résultats, il va être très difficile d’expliquer pourquoi on n’investit pas ici », renchérit Marcel Thill, secrétaire CFDT du comité d’établissement, estimant à 30 millions d’euros les besoins d’investissements pour « faire vivre Gandrange ». Soit à peine 0,5 % des profits 2007 du groupe. À tout le moins, la direction d’ArcelorMittal devrait être mise en demeure de respecter l’engagement que la lutte des salariés lui a arraché : étudier sérieusement les « solutions alternatives » que préparent actuellement les syndicats, avec l’aide d’un cabinet d’experts. Les pouvoirs publics pèseront-ils de tout leur poids en ce sens, comme l’a promis Nicolas Sarkozy ?

pour la pérennité du site lorrain
Mercredi, la ministre de l’Économie Christine Lagarde a déclaré que, « avec des profits de ce type, il semblerait bien légitime que (ArcelorMittal) investisse, sur le territoire français notamment, dans des aciéries modernes et d’avenir » et que, « dans ce cadre-là, des salariés de Mittal puissent être reclassés de manière utile pour l’avenir ». Les ouvriers de Gandrange et leurs syndicats peineront à trouver dans ces propos le soutien franc qu’ils sont en droit d’attendre au combat qu’ils mènent et qui vise, pour l’heure, non leur reclassement, mais la pérennité du site lorrain. Au demeurant, la locataire de Bercy a laissé percer le fond de la pensée gouvernementale en ajoutant : « Il ne s’agit pas de contraindre un industriel à investir dans un secteur qui (…) n’est peut-être pas d’avenir ». Un quasi-aveu d’impuissance face au diktat d’une multinationale.

De ce point de vue, l’ancien premier ministre et actuel co-président de l’UMP Jean-Pierre Raffarin était encore plus clair, hier matin, sur France-Inter. Invité à réagir au bilan financier d’ArcelorMittal, au regard du plan de liquidation de Gandrange, cet « ami de Sarkozy », comme il se présenta lui-même, ne se montra en rien scandalisé. La seule leçon qu’il trouvait à tirer de l’affaire était qu’il faudrait renforcer « l’attractivité » de la France pour les investisseurs comme Mittal, mettre à leur disposition des « outils financiers ». En clair, dérouler un peu plus le tapis rouge, augmenter la dose d’avantages fiscaux pour ces hyperpuissances financières et industrielles qui regorgent de profits mais, on le sait, n’en ont jamais assez.

La semaine dernière, déjà, le chef de l’État avait envisagé d’investir des fonds publics à Gandrange pour inciter le groupe indien à s’y maintenir. « Pourquoi est-ce que le contribuable devrait se substituer à un groupe qui dégage autant de bénéfices ? », interrogeait alors le responsable CGT d’ArcelorMittal, Marc Barthel. Les profits 2007 n’étaient pas encore connus. La bataille de Gandrange n’est pas terminée mais elle a déjà révélé la vraie portée - démogogique, électoraliste - des grands discours sarkozystes, stigmatisant un certain capitalisme, affirmant une volonté de « garder des usines ouvertes en France ».

Yves Housson

l' Huma du 15 / 02 / 08

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