La logique inhumaine des lois anti-immigrés .

Publié le par domik27

Droits de l’homme . Les conséquences désastreuses de la politique mise en place par Nicolas Sarkozy et Brice Hortefeux pour « choisir » les immigrés et expulser les indésirables.

John Maina. Il avait dix-neuf ans. Il habitait Meudon et était membre d’un club d’athlétisme du 18e arrondissement de Paris. Samedi matin, du stade Championnet à la mairie de l’arrondissement, ses camarades sportifs lui ont rendu hommage « pour qu’il ne soit pas mort pour rien ». Mort ? Le 15 février, le jeune Kényan s’est suicidé, parce que l’administration française a refusé de lui reconnaître le droit à l’asile. « Il avait été enrôlé dans des groupes paramilitaires au Kenya », explique Sid Hachimi Belhachemi, délégué des sans-papiers des Hauts-de-Seine : « Il a compris trop tard dans quel engrenage il s’était pris, il a fui en France en 2006, il a demandé l’asile, il a expliqué son parcours, et les experts aujourd’hui sont certains qu’il disait vrai, que John était désespéré. Il avait subi un traumatisme qui nécessitait une prise en charge : au lieu de cela, l’administration en a ajouté un autre en refusant de le protéger. Il n’a pas supporté. Il ne se voyait pas contraint de retourner au Kenya. C’était un champion d’athlétisme. Nous demandons maintenant qu’il soit régularisé à titre posthume. Mais il n’est pas seul : il y a des dizaines et des dizaines de gens à qui l’asile est refusé alors que leur vie est en danger dans leur pays… » Tous n’en arrivent pas à cette extrémité. Mais a-t-on fait le compte de tous les jeunes majeurs contraints de renoncer à leurs études, poursuivis par la police pour être expulsés ? Derniers exemples en date, dans le Rhône : la police s’est présentée au domicile d’Armel Abdou (élève de Béjuit, à Bron) et de Rajae (élève à Hélène-Boucher, à Vénissieux). Ils n’ont trouvé ni l’un ni l’autre. Que leur reste-t-il ? La clandestinité ou le suicide…

Des familles brisées

L’administration chiffre ses expulsés, et veut ignorer ce qu’ils laissent derrière eux : enfants séparés de leurs parents, femme séparée de son mari ou veuve contrainte à rejoindre son pays d’origine parce que sa situation ne permet plus de justifier sa présence en France… Alors, au hasard aujourd’hui : Qosai Konafani, ressortissant syrien, a été interpellé le 18 février à son domicile à La Courneuve. N’ayant pas reçu, pour cause de déménagement, l’obligation à quitter le territoire qui lui était destinée, il n’a donc pas pu faire de recours. Il est marié et le couple a deux enfants nés en France, scolarisés à l’école maternelle Rosenberg. Il est arrivé en 1994, en situation régulière, avec une carte de séjour étudiant. Sa femme l’a rejoint en 1999, en situation régulière jusqu’en 2003. Il a alors demandé un changement de statut, refusé à plusieurs reprises. Il est docteur en informatique. Il a soutenu sa thèse de doctorat en 2003 à l’université Paris-XIII. Il est aujourd’hui titulaire d’une promesse d’embauche au sein de l’entreprise informatique Perfect System. Il paraît que la France cherche des informaticiens à l’étranger… « Décision d’expulsion incompréhensible », note RESF.

Des lieux de vie détruits

Le 12 février, à 6 heures, une vaste opération de police mobilisait quatre cents agents pour investir, au nom de l’insalubrité, le foyer de l’AFTAM du 13e arrondissement de Paris. Résultat : les neuf personnes soupçonnées d’être des marchands de sommeil ne sont pas poursuivies, tout simplement parce que la réquisition n’avait aucune valeur juridique. En revanche, la rafle, menée à grand renfort de portes brisées, a conduit plus de cent personnes en garde à vue, puis en centre de rétention et enfin devant les tribunaux. Aujourd’hui, au terme d’un marathon juridique d’une semaine, il reste vingt-trois des résidents en rétention à Vincennes. Selon la rumeur, deux auraient été expulsés hier. Tous les autres arrêtés, qui ont été transférés à Rouen, à Lille ou en d’autres centres, ont été libérés. Le Syndicat de la magistrature s’est insurgé contre une procédure qui a permis, sous couvert d’insalubrité, de valider une opération de rafles dans un foyer subventionné par l’État. « J’habite toujours au foyer, explique D. Tunkara. Rien n’a été réparé, nous dormons dans des chambres sans porte. On attend… Ce sont des chambres de 12 mètres carrés, pour 150 euros ; pour les chambres à deux, c’est 280 euros, et pour une troisième personne, 360 euros. Moi, selon la préfecture, il paraît que je ne comprends pas le français. Ils ne savent même pas qu’au Mali, le président, quand il se déplace dans les villages, il parle en français. Ils ont déjà oublié qu’ils nous ont colonisés… » L’Association d’alphabétisation des ressortissants d’Afrique de l’Ouest rappelle que les populations dont sont originaires ces migrants ne survivent que grâce aux subsides envoyés de France et que leur reprocher un mauvais français c’est oublier qu’ils sont « la génération qui n’a pas eu d’école et qui a voulu en construire pour ses enfants ».

Même la logique économique

est entravée

La loi Hortefeux a pour but de privilégier l’immigration de travail, mais sa logique d’expulsion des sans-papiers ne tient pas compte des réalités économiques, et encore moins de celle des sans-papiers salariés. La grève des salariés du restaurant de l’avenue de la Grande-Armée, à deux pas de l’Arc de Triomphe, en est une preuve supplémentaire. Pour Raymond Chauveau, responsable CGT, artisan opiniâtre, avec Droits devant, de cette victoire, « la régularisation des travailleurs sans papiers n’est plus une question posée, mais une question à résoudre… Pour avancer dans la négociation, nous ne sommes pas allés sur la question des dossiers, mais sur celle du travail, avec photocopie de passeport, de documents d’identité, certificat d’hébergement, et la direction a déposé les feuilles de paie et les contrats de travail. Nous sommes restés dans ce cadre. Il n’y aura pas de rupture du contrat de travail. Les grévistes vont être immédiatement rembauchés avec leur titre de séjour obtenu jeudi, mais il n’y a pas d’infléchissement de la politique de Hortefeux. Aujourd’hui, nous avons la confirmation de nos batailles avec Modelux et Buffalo. Ces régularisations, nous les avons arrachées. Nous avons imposé le mouvement syndical et associatif dans un dossier que le gouvernement voulait réserver aux patrons. Et il a lâché. C’est cela qui compte. »

Émilie Rive

l' Huma du 25 / 02 / 08

Publicité

Publié dans domik27

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article