General Motors laisse des salariés sur le bas-côté .
Automobile . Le groupe automobile américain a annoncé des restructurations sur presque tous ses sites européens. À Strasbourg, 256 emplois sont menacés.
Suppression d’emplois à l’échelle planétaire pour le numéro un mondial de l’automobile. Le 12 février, le groupe américain General Motors (GM) avait annoncé l’ouverture d’un « guichet de départs volontaires » qui pourrait concerner 74 000 de ses ouvriers dans le monde. Le 28 février, lors d’une réunion à Francfort du comité d’entreprise européen, la direction a annoncé un chiffre global de 5 400 suppressions d’emplois en Europe, a indiqué lundi Jean-Marc Ruhland, délégué CFDT.
La crainte d’une « embrouille »
La restructuration « se fera pratiquement sur tous les
sites » européens (Allemagne, Grande-Bretagne, Belgique, Espagne, Suède, France…), a souligné le syndicaliste. Soit près de 10 % des effectifs sur le continent. Les usines les plus touchées seront celles « d’Anvers (Belgique) avec 1 300 suppressions, de Bochum (Allemagne) avec 930 et de Saragosse (Espagne) avec 900. En France, sur le site de Strasbourg, quelque 256 suppressions d’emplois sur 1 400 salariés sont prévues. Dans cette usine de boîtes de vitesses, « ils ont expliqué aux ouvriers qu’il s’agit de produire autant, voire plus, avec moins de personnel », explique Robert Roland (CGT).
« Les bénéfices de GM Europe ont progressé et l’usine GM Strasbourg est rentable
depuis des années. Mais le site est en concurrence directe avec une autre usine de GM au Mexique, où le travail coûte moins cher », explique Jean-Marc Ruhland (CFDT). Du coup, même si le porte-parole de GM affirme que « rien n’est encore fait », les syndicats craignent une embrouille « comme aux États-Unis en 2006 ». Lors d’un précédent plan, GM USA avait poussé vers la sortie les ouvriers affiliés au syndicat américain UAW, qui bénéficiaient de meilleures conditions salariales et sociales. En France, cette logique de diminution des coûts du travail prendrait la forme « de licenciements, suivis de l’embauche de jeunes à un salaire de départ bien inférieur », détaille Jean-Marc Ruhland. En riposte, le CE européen élabore une charte qui limiterait ce genre de pratique. Charte que la direction de GM n’a pas encore signée…
GM met en avant une perte de 38,7 milliards d’euros pour 2007, contre 2 milliards en 2006. Des chiffres qui découlent surtout d’un tour de passe-passe comptable : le groupe a inscrit sur son bilan une énorme provision au troisième trimestre, pour ajuster la valeur de ses avoirs fiscaux. Par ailleurs, les résultats actionnariaux sont plus que satisfaisants, avec un bénéfice par action de 8 cents au quatrième trimestre, contre une perte attendue de 55 cents par le marché. Enfin, le PDG, Rick Wagoner, après s’être un peu « serré la ceinture » les années précédentes, s’est octroyé une augmentation de 33 % et une prime annuelle de 3,52 millions de dollars pour revenir à son niveau de rémunération de 2006. Preuve que, pour certains, l’époque de la rigueur est déjà finie.
Mehdi Fikri
l'Huma du 12 /03 / 08