Les émeutes tibétaines antichinoises s'étendent

Publié le par domik27

Chine . La capitale tibétaine, Lhassa, est toujours bouclée par l’armée. Fort déploiement militaire et policier au Sichuan, Qinghai, et Gansu.

Que se passe-t-il à Lhassa, Xiahe, Chengdu et plus généralement au Tibet, au Sichuan, au Gansu, au Qinghai ? Villes et provinces où sont implantées des communautés bouddhistes tibétaines et qui ont connu ces derniers jours des flambées de violences ? Les informations sont rares et bien sûr contradictoires selon leurs provenances, autorités chinoises ou opposition tibétaine. Pékin a revu à la hausse le bilan de ces émeutes. Le nouveau chiffre officiel de 13 victimes reste toutefois très éloigné de la centaine annoncée par le représentant du gouvernement en exil. Et plus encore du bilan de « plusieurs centaines » de tués avancé sans autres précisions par le Parlement tibétain installé en Inde. Les divergences portent non seulement sur le nombre des victimes mais aussi sur leur identité. « Les émeutiers tibétains ont brûlé ou frappé à mort 13 civils innocents », a déclaré le président de la région du Tibet, Qiangba Puncog, lors d’une conférence de presse lundi à Pékin sans faire état de victimes tuées par la police ou l’armée, comme l’affirment les opposants tibétains.

Les témoignages de touristes publiés par des quotidiens danois et hongkongais attestent de la dimension ethnique prise à certains moments par les affrontements de Lhassa. Lors d’un entretien avec l’AFP dimanche soir à l’aéroport de Chengdu, Juan Carlos Alonso, un touriste espagnol de quarante-six ans, qui était à Lhassa depuis jeudi, rapporte, parlant de groupes de jeunes Tibétains : « Ils ont attrapé une fille dans la rue et l’ont emmenée vers une porte avant de la battre et de la frapper à coups de pierre. Elle appelait désespérément à l’aide et je ne sais pas comment elle a pu s’en sortir », poursuit-il, précisant avoir vu au moins 35 Chinois couverts de sang, mais pas de morts. « Beaucoup de Chinois s’enfuyaient pour sauver leur peau. (…) Leur but était de tout détruire sur la rue principale, en commençant par les magasins et les restaurants chinois. (…) Le pire c’est que les patrons de restaurants et les Chinois qui se trouvaient dans les rues devaient se cacher. Ils ont baissé leurs rideaux, mais cela n’a pas arrêté les Tibétains, ils les ont sortis et frappés avec des pierres. Ils avaient des couteaux, des pierres, des machettes, des couteaux de boucher - ils utilisaient tout ce qui leur tombait sous la main. » Reparti samedi matin de Lhassa, le témoin fait état ce jour-là d’un « déploiement militaire massif » et de soldats nerveux et agressifs.

Lundi, Lhassa était hier encore bouclée par l’armée. « La situation est grave mais l’école a rouvert quand même », a indiqué à l’AFP une enseignante d’une école secondaire qui précise que « la plupart des élèves ne peuvent pas sortir de chez eux (…) ». Et d’ajouter : « La police et l’armée patrouillent partout, il y a des chars. » Les autorités répètent que le calme est revenu, mais « déconseillent » aux touristes étrangers et à la presse de s’y rendre pour des questions de « sécurité ». Et les journalistes présents se font expulser. C’est le cas d’une dizaine de correspondants de Hong Kong interpellés et reconduits hier à l’aéroport de Lhassa.

La situation apparaissait aussi confuse dans les provinces voisines du Tibet. Dimanche, des informations non confirmées avaient fait état de nouveaux foyers de tension au Gansu et Qinghai. Au Sichuan, au moins sept personnes auraient été tuées par balles dans le district tibétain de Nagwa, indiquent le Centre tibétain pour les droits de l’homme et la démocratie (TCHRD) et Free Tibet Campaign, organisation basée à Londres. Si la tension semblait être retombée lundi à Nagwa, selon des témoignages recueillis par l’AFP, un quartier tibétain de Chengdu, capitale du Sichuan où des troubles auraient éclaté la veille au soir selon des habitants, a été encerclé par la police.

Dominique Bari

l' Huma du 18 / 03 / 08

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