Sarkozy tanté par le bouton nucléaire ?

Publié le par domik27

Défense . Le chef de l’état n’exclut pas de procéder à des « avertissements nucléaires », à « des frappes limitées » contre des pays qui menaceraient « nos intérêts vitaux ».

« J’exclus de baisser la garde. Le budget de la Défense est le deuxième budget de l’État. Il le restera, il ne baissera pas. » Le propos est martial. Il n’est pas facile en effet de concilier l’affirmation que « les caisses sont vides » à propos du pouvoir d’achat et de convaincre de la nécessité de doter l’arsenal nucléaire militaire d’un nouveau sous-marin de deux milliards d’euros selon les fourchettes les plus basses. Nicolas Sarkozy était donc hier à Cherbourg à l’occasion du lancement du dernier-né des sous-marins nucléaires lanceurs d’engins (SNLE) : le Terrible devrait être opérationnel en 2010 et s’ajouter aux trois appareils existants, le Triomphant (1997), le Téméraire (1999) et le Vigilant (2004). Plus silencieux, plus performant, le Terrible sera armé du nouveau missile nucléaire M51, de plus longue portée.

dangereux infléchissement

Depuis la fin de la guerre froide, « le monde est plus instable, moins prévisible », a fait observer le chef de l’État pour justifier le dangereux infléchissement de la politique de dissuasion nucléaire de la France. Dans la conception qu’en avait le général de Gaulle, l’arme atomique avait avant tout un rôle politique : tout agresseur éventuel s’exposait à une riposte d’une telle puissance destructrice que l’aventure ne méritait pas d’être tentée. Le but de l’arme de dissuasion était précisément de ne pas être employée. On n’en est plus là aujourd’hui. Nicolas Sarkozy a certes réaffirmé que le recours à l’arme nucléaire ne peut s’envisager que « dans des circonstances extrêmes de légitime défense », mais il envisage la possibilité de procéder à des « avertissements nucléaires » (*), à des « frappes limitées » quand « les intérêts vitaux » sont en jeu. La puissance atomique passe du domaine défensif à la potentialité offensive, en même temps qu’elle devient une arme de champ de bataille. Cette évolution stratégique n’est pas tout à fait nouvelle. Elle était contenue dans le discours de Jacques Chirac à l’Île-Longue, en janvier 2006. « La dissuasion nucléaire, affirmait le président, n’est pas destinée à dissuader des terroristes fanatiques. Pour autant, les dirigeants d’États qui auraient recours à des moyens terroristes contre nous, comme tous ceux qui envisageraient d’utiliser d’une manière ou d’une autre des armes de destruction massive, doivent comprendre qu’ils s’exposent à une réponse ferme et adaptée de notre part. Cette réponse peut être conventionnelle. Elle peut être d’une autre nature. »

Cette banalisation de l’arme nucléaire trouve aux yeux du président de la République sa justification dans les menaces nouvelles de la prolifération - Nicolas Sarkozy a mentionné l’Iran -, mais elle fait courir le risque redoutable d’encourager en retour la prolifération. Afin d’adapter la Défense aux nouvelles menaces, Nicolas Sarkozy plaide pour un ajustement du dispositif nucléaire. Il a annoncé que la composante aéroportée serait réduite d’un tiers, mais avec des appareils Rafale plus performants que les soixante Mirage 2 000 N et des missiles de dernière génération. L’arsenal français s’élèverait alors à « moins de trois cents têtes nucléaires ». Une attitude, selon le président français, « exemplaire », face à laquelle il réclame la réciprocité. Il propose la discussion d’un accord bannissant les missiles sol-sol de courte portée (qui ne figurent pas dans l’arsenal français), l’ouverture de négociations en vue de l’interdiction de la production de matières fissiles à usage militaire et invite les autres puissances nucléaires à ratifier le traité d’interdiction des essais nucléaires.

L’avis des partenaires européens

Nicolas Sarkozy suggère un autre infléchissement à la doctrine de dissuasion nucléaire : son européanisation. S’appuyant sur le traité de Lisbonne, il propose d’engager avec les partenaires de l’UE qui le souhaitent un dialogue sur le rôle de la dissuasion nucléaire et « notre sécurité commune ». Il n’est pas sûr que les partenaires européens souhaitent partager le bouton nucléaire, en premier lieu l’Allemagne où l’opinion publique est majoritairement hostile à l’arme atomique. Nouveau sujet d’irritation avec la chancelière Angela Merkel. ? Va-t-elle lui rétorquer « Atombombe ? Nein, danke ! »

(*) Il pourrait s’agir de recourir à l’effet IEM (pour impulsion électromagnétique), consistant à faire exploser une

ou plusieurs têtes nucléaires

à haute altitude, ce qui a pour effet de paralyser de manière irréversible l’ensemble

des systèmes d’informations (ordinateurs, Internet, téléphone, télévision, radio…) sur plusieurs dizaines, voire plusieurs centaines

de milliers de kilomètres carrés.

Jean-Paul Piérot

l' Huma du 22 / 03 / 08

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