La CNAF refuse une mesure contre le pouvoir d'achat .

Publié le par domik27

Entretien avec Jacqueline Farache, administratrice CGT à la Caisse nationale des allocations familiales, qui annonce le lancement d’une pétition.

Cette mesure, qui consiste à - réduire de 600 euros par enfant les prestations familiales, se

justifie-t-elle ?

Jacqueline Farache. Non, d’ailleurs nous avons été une majorité au conseil d’administration de la CNAF à voter contre cette mesure. C’est un nouveau coup dur porté aux familles. En janvier 2008 les prestations familiales ont connu une augmentation de seulement 1 %, et une récente étude de l’OCDE fait état d’une chute de 24 % en valeur relative de ces prestations depuis 1984. À ce jour, retrouver le niveau du début des années 1980 supposerait une hausse de 33 % des prestations familiales ! Et le gouvernement nous annonce qu’il va au contraire les réduire… N’oublions pas que les montants des aides sont indexés sur les prix et qu’il s’ensuit une perte sèche de pouvoir d’achat pour les familles, car l’allocation familiale c’est du pouvoir d’achat.

En contrepartie le gouvernement propose que cette économie aille à une majoration de l’allocation de garde d’enfant pour les familles modestes. Cela vous paraît-il réaliste ?

Jacqueline Farache. Il est totalement anormal de vouloir faire des économies sur la branche famille, d’ailleurs nous lançons d’ores et déjà une pétition pour nous y opposer. La branche famille est devenue excédentaire à force de baisser le niveau des prestations, alors même que les besoins des familles sont très loin d’être comblés. De plus c’est un mensonge de vouloir nous faire miroiter une quelconque aide supplémentaire pour la garde d’enfant alors que pour la seule année 2006, dans le cadre des contrats qui lie la CAF aux municipalités pour les équipements d’accueil de la petite enfance, on a supprimé 600 millions d’euros. Et on continue dans ce sens alors que 1 enfant sur 10 seulement peut accéder aujourd’hui en France à ces structures publiques d’accueil pour la petite enfance ! L’idée du gouvernement est peut-être de transférer ces fonds publics vers des structures privées d’accueil individualisé. Le gouvernement veut aller encore plus loin puisqu’il a inscrit dans la loi de finances de la Sécurité sociale pour 2008 une « modulation » de l’allocation de rentrée scolaire (ARS). Aujourd’hui, que l’enfant soit au primaire, au collège ou au lycée, la prestation est identique ; un prochain décret va sans doute diminuer fortement la part réservée aux élèves du primaire, l’État estimant que les frais scolaires engendrés par ces derniers sont moindres. Pour économiser les 5 milliards annoncés par Éric Woerth, c’est encore le pouvoir d’achat des familles qui sera lourdement touché.

Entretien réalisé par F. D.

l' Huma du 18 / 04 / 08

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