L'Europe version Sarkozy .
Par Régis TRILLES le vendredi 8 mai 2009, 22:48 - Europe - Lien permanent
Droite . Le chef de l’État a donné, mardi, sa « vision de l’Europe », souvent en contradiction avec le traité de Lisbonne qu’il défend, et a renouvelé son refus de l’adhésion turque à l’UE. « Je ne suis pas venu ce soir vous parler de bilan », et pour cause… Mardi soir à Nîmes, devant un peu plus de 3 000 personnes, Nicolas Sarkozy a tenté de lancer l’UMP dans la campagne des européennes. Preuve du peu d’entrain du parti présidentiel : un mois avant le scrutin, les listes ne sont toujours pas bouclées. Les scores calamiteux des deux précédentes échéances, 12,8 % en 1999 alors que Nicolas Sarkozy menait les listes du RPR et 16,6 % en 2004 pour l’UMP, n’incitent guère à l’optimisme, même si les sondages sont aujourd’hui plus favorables.
Dans un discours d’un peu moins d’une heure, le chef de l’État a fait le tour des grands sujets européens. Sans s’attarder sur le contenu du traité de Lisbonne et après avoir refusé tout nouveau référendum sur la question l’an dernier, il a dit vouloir « réconcilier (…) la France du "oui" et la France du "non". (…) On ne peut pas faire avancer la cause de l’Europe en opposant une moitié de Français à l’autre moitié ».
Mais Nicolas Sarkozy a surtout insisté sur son action pendant la présidence française de l’Union européenne au dernier semestre 2008. S’accordant pêle-mêle la paternité de la fin du conflit entre Russes et Géorgiens, le cessez-le-feu à Gaza ou le sauvetage du système bancaire européen. Ainsi, les militants devaient-ils retenir qu’il faut « changer l’Europe » et surtout que « c’est possible, nous l’avons fait pendant la présidence française », a insisté le chef de l’État.
Fustigeant à peu de frais « un système financier qui arrive à bout de souffle », l’hôte de l’Élysée s’est demandé « comment financer un grand projet industriel quand le marché exige 15 % de rendement tout de suite ? ». Sans craindre la contradiction avec le projet de traité dont il est le plus ardent défenseur, et qui organise précisément cette course à la rentabilité.
Mais c’est lorsqu’il s’est prononcé contre l’entrée de la Turquie dans l’Europe et sur « l’héritage de la chrétienté, dont nous n’avons pas à nous excuser », que Nicolas Sarkozy a reçu la plus forte ovation de la soirée. « Je veux dire la vérité à la Turquie. Ce n’est pas respecter ses amis que de leur mentir. Ce n’est pas respecter ses amis que de leur faire des promesses que l’on ne tiendra jamais », a-t-il décrété, sans que l’on ne sache trop bien de quel mandat l’Union l’avait investi pour qu’il semble se prononcer au nom de l’Europe.
Au final peu de propositions concrètes, si ce n’est la création « d’une centrale européenne d’achat du gaz » pour mieux négocier avec la Russie, la demande que soit mis fin à la règle de l’unanimité s’agissant des baisses ciblées de la TVA ou la préservation d’une politique agricole commune permettant « la sécurité et l’autosuffisance alimentaire ».
Justifiant le maintien de son « bouclier fiscal » qui profite à la minorité la plus riche du pays, au prétexte que « l’Allemagne l’a inscrit dans sa Constitution » et qu’il n’était pas question que « les contribuables français soient moins bien traités que les contribuables allemands », le chef de l’État en conclut que « quand on a le niveau de prélèvement que nous avons atteint, on n’augmente pas les impôts, on les baisse ».
Achevant sa prestation sous les vifs encouragements de la salle (« Nicolas, tiens bon ! Nicolas, tiens bon ! »), l’hôte de l’Élysée aura au moins permis avec cette soirée la mobilisation des médias et donné de fait une visibilité à une campagne jusqu’ici atone.