Sarkozy vivement contesté à Paul-Brousse .

Publié le par domik27

Hôpital . La visite du chef de l’État venu fêter la 2 500e greffe du foie a suscité deux manifestations à Villejuif. La loi Bachelot ne passe toujours pas.

Trois mois après le vote de la loi Bachelot, la colère de la communauté hospitalière, comme celle de nombreux usagers, n’est pas retombée. Nicolas Sarkozy en fait l’expérience, hier, lors de sa visite de l’hôpital Paul-Brousse, à Villejuif (Val-de-Marne). Le président venait saluer le travail des équipes de l’établissement à l’occasion de leur 2 500e greffe du foie. Un hommage à l’excellence de la médecine pratiquée ici, en même temps qu’un encouragement au don d’organe, que personne, sans doute, n’aurait eu l’idée de remettre en question, n’était « le contexte », comme dit une syndicaliste. Contexte bien connu de crise profonde de l’hôpital, de pénurie sans cesse aggravée de moyens, de menaces gravissimes sur le service public, qui a amené, immanquablement, les personnels et les usagers à recevoir la venue du chef de l’État comme une provocation.

Une visite « scandaleuse »

À l’intérieur de l’hôpital, quelque deux cents salariés et étudiants infirmiers se sont rassemblés à l’appel des syndicats CGT et SUD. Au même moment, à l’extérieur, quelque cinq cents personnes, hospitaliers, agents d’autres services publics, employés territoriaux, postiers, participaient à une manifestation initiée par la fédération du PCF du Val-de-Marne, en présence d’élus de gauche, de responsables syndicaux. Une réponse représentant une manière d’exploit, au regard de l’impressionnant déploiement de policiers qui avait été organisé, tout autour de l’hôpital, pour éviter toute « mauvaise surprise » au président. Une débauche de mesures de sécurité, à faire rougir de colère des Villejuifois qui, rappelait l’un deux, bataillent en vain depuis des années pour obtenir un simple commissariat de police local.

Si besoin était, la facture du déplacement présidentiel a mis un peu plus d’huile de feu. Le chiffre avancé de 200 000 euros a été qualifié de « ridicule » par le porte-parole du gouvernement, Luc Chatel. Mais hier, une syndicaliste maintenait que Paul-Brousse, en déficit de plusieurs millions d’euros, aurait à débourser quelque 70 000 euros, soit « l’équivalent de deux postes d’infirmières », pour la seule installation d’un chapiteau. Somptuaires ou pas, ces frais de réception n’étaient cependant, pour beaucoup, que la cerise sur le gâteau. Accueillant le président, la maire communiste de Villejuif, Claudine Cordillot, a dévoilé d’emblée la raison de fond de l’indignation en lui déclarant qu’elle aurait été « plus heureuse de le recevoir s’il était venu avec de l’argent pour nos hôpitaux ».

Pour Rose-May Rousseau, secrétaire générale de la CGT de l’Assistance publique-Hôpitaux (AP-HP) de Paris, si cette visite est « scandaleuse », c’est parce que « l’homme venu fêter la 2 500e greffe du foie, saluer l’excellence du service public, est le même que celui qui organise le démantèlement du service public, sa privatisation, avec la loi Bachelot, qui nous impose des réductions d’effectifs, des restrictions budgétaires ». « Fin septembre, indique-t-elle, l’AP-HP va mettre fin à des centaines de CDD qui nous permettaient de sortir la tête de l’eau. On est toujours soumis à un plan de retour à l’équilibre de 307 millions d’euros d’économies d’ici à 2011, qui se font sur le dos du personnel. Il est indécent de demander des efforts financiers aux hôpitaux alors qu’on est dans une crise sociale, sanitaire, qu’on a besoin de plus de moyens pour faire face à la pandémie » (de la grippe A). « On met l’hôpital public à la diète au nom du déficit, alors que celui-ci est dû avant tout au chômage, aux exonérations de cotisations patronales », dénonce la cégétiste. D’autant moins acceptable que le financement de la santé pourrait être assuré par d’autres moyens, telle la taxation des revenus financiers, aujourd’hui exonérés de toute contribution, renchérissait Fabien Cohen, responsable du PCF, devant les manifestants massés à l’extérieur.

l’hôpital public toujours en nlutte

Encaissant le coup face à cette mobilisation, Nicolas Sarkozy, à l’issue de sa visite, a qualifié d’« incompréhensible » la « polémique » sur « sa présence au milieu des greffés, au milieu des équipes médicales ». Avant de se livrer à l’une de ses saillies méprisantes dont il est coutumier envers ses opposants, en déclarant : « J’ai beaucoup de peine pour ceux qui font des polémiques. Ils doivent être tellement malheureux dans leur vie qu’ils ne comprennent pas les enjeux. » Manière sans doute de traduire sa désillusion devant ce constat : le vote de la loi Bachelot n’a pas, loin de là, désarmé les défenseurs de l’hôpital public.

* Au cours de sa visite, le chef de l’État a annoncé le lancement courant 2010 d’un appel d’offres permettant de créer cinq instituts hospitalo-universitaires (IHU), proposant que ces centres d’excellence soient financés par le futur grand emprunt et indiquant qu’ils devront « attirer des fonds privés ».

Yves Housson

l' Huma du 19 / 09 / 09

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