France/Algérie:Le reflexe colonial .

Mis en ligne : 11 juillet
Avant de s’envoler pour Alger, N. Sarkozy avait rendu publique la lettre de mission adressée à Hortefeux, dans laquelle il lui demande de réduire de façon drastique le regroupement familial au profit de l’immigration économique ou, pour reprendre une formule chère à la droite, de « l’immigration choisie ». Evidemment cette concomittance ne doit rien au hasard, elle est un signe explicite de stigmatisation adressé à un peuple dont les liens avec la France sont particulièrement étroits, aux familles algériennes réparties sur les deux rives de la Méditerranée.
Un demi-siècle après la guerre qui aboutit à l’indépendance de ce pays, le message délivré par l’ancienne puissance coloniale ne peut éveiller chez les Algériens un autre sentiment que celui de ne pas être les bienvenus dans l’Hexagone. L’immigration menacerait l’identité nationale comme le suggère le nom du ministère dont Hortefeux a la charge. Ne pas être les bienvenus, ou plutôt n’y être toléérés que s’ils répondent « aux besoins économiques de la France ». L’état d’esprit qui anime nos dirigeants n’a visiblement pas évolué depuis les années soixante, quand des démarcheurs de l’industrie automobile écumaient les villages de Kabylie pour alimenter les chaînes de montage de Renault et de Citroen.
Des hommes tout juste bons, aux yeux des grands patrons, à produire de la plus-value mais fermement invités à laisser femme et enfants loin de nos cités. Aujourd’hui, parce que l’Algérie est indépendante et que, malgré la crise qui la frappe, ce pays forme des étudiants, dispose de jeunes gens plus qualifiés que ne l’étaient leurs parents, tout juste sortis du joug colonial, il est tentant d’y puiser des compétences. Telle est la philosophie de l’immigration choisie que le président Sarkozy traduit par un quota : 50% du total des immigrés.
Sur de telles fondations, il est douteux que le nouveau chef de l’Etat puisse contribuer à bâtir une union de la Mediterranée digne de ce nom. Celle ci est pourtant nécessaire après plus d’une décennie d’échec patent du processus de Barcelone, qui n’est pas parvenu, le moins que l’on puisse en dire, à faire de notre région commune une zone de paix et de prospérité partagée.
L’enjeu du codéveloppement exige un tout autre engagement. Mais des craintes se font jour dans les opinions publiques des pays du sud de la Méditerranée que la construction de cette Union ne s’accompagne d’une fermeture plus hermétique de l’Europe, face à son sud dépendant et dominé. Le jeu n’est pas égal quand l’on parle à la fois « d’union de la Méditerranée » et d’ »immigration choisie ».
La visite de Chirac en 2003 avait soulevé beaucoup d’espoir dans la population algérienne. La France officielle allait-elle enfin se départir de sa rancoeur arrogante d’ancienne puissance coloniale pour promouvoir un véritable partenariat entre deux pays égaux ? Allait-on en finir avec l’humiliant parcours du combattant imposé aux Algériens pour le moindre séjour en France et l’arbitraire de la délivrance des visas ?
Depuis, la perspective d’un traité d’amitié entre Paris et Alger a volé en éclats avec le vote de la loi du 23 février 2005 attribuant « un rôle positif à la colonisation ». Le refus de la « repentance » sur l’oppression coloniale, réaffirmé par le chef de l’Etat dans la presse algérienne, est dans la logique du discours du candidat UMP qui, dans un meeting à Toulon, choisissait clairement ceux vers qui allait sa compassion : « A tous ceux qui sont revenus des colonies en ayant tout abandonné, je veux dire que si la France a une dette morale, c’est d’abord envers eux. »
L’avenir des relations entre la France et l’Algérie mérite une tout autre vision .