Dépenses de santé .
DÉPENSES DE SANTÉ la question du financement Le gouvernement brandit une nouvelle fois l’argument du déficit de la Sécurité sociale et notamment de sa branche maladie pour assaisonner les malades et les assurés. En année pleine, les mesures annoncées par Roselyne Bachelot et Éric Woerth vont nous coûter 1,2 milliard d’euros. Décidément, le gouvernement avec lequel les salariés devaient, paraît-il, gagner plus commence à coûter très, très cher aux petits porte-monnaie. La franchise médicale dont le candidat Sarkozy nous avait, par exemple, expliqué en large et en travers qu’elle serait une idée unique, simple et transparente, commence à faire des petits tous azimuts et on parle de dérembourser à tour de bras, qui sur une consultation, qui sur une radiologie, qui sur une boîte de médicament. La logique est effectivement unique et simple : faire payer les seuls assurés, toujours eux, toujours plus. Le résultat est dévastateur. Non seulement le recul des prises en charge et des remboursements nourrit l’explosion des inégalités devant l’accès aux soins, mais cet engrenage ne résout en rien les problèmes de financement de la Sécurité sociale. Le gouvernement crie au loup en présentant l’addition des déficits, mais il se garde bien d’en analyser les causes et, devant l’échec des potions précédentes, en remet une dose sans se poser de questions. Car il faudrait bien, effectivement, ouvrir le dossier du financement de la Sécurité sociale, mais l’ouvrir vraiment, sans tabou. Tout le monde sait que les dépenses de santé vont croître. Si aucune mesure forte n’est prise pour accroître les ressources, l’impasse est assurée. Sans changement, le grand écart entre besoins de santé et moyens de les couvrir solidairement ne peut que devenir intenable. Dans ces conditions, persister dans une logique de déremboursement, qu’il s’agisse de faire payer les malades ou de faire pression sur les actes prescrits, c’est tourner le dos aux principes fondateurs de la Sécurité sociale. C’est accepter ou même pousser à ce qu’une part croissante du système de santé échappe aux systèmes d’une couverture solidaire et universelle. Les malades n’ont plus que le choix entre mal se soigner, renoncer aux avancées de la médecine ou payer toujours plus, soit en piochant dans leurs revenus, soit en engraissant des assurances privées. Et les médecins eux aussi sont placés devant un dilemme : prescrire ce qui leur paraît sain et utile pour leurs patients ou trier dans les besoins en fonction de quotas de remboursement sans rapport avec les objectifs de santé publique. L’engrenage des franchises médicales doit donc être enrayé au plus vite, car il conduit en réalité à l’implosion du système et non à sa sauvegarde. Il est possible d’imposer ce retrait, car le caractère tout à la fois inégalitaire et inefficace de ces mesures peut être largement partagé. Mais cette bataille doit être menée en imposant l’ouverture d’une discussion plus ample sur l’avenir des besoins de santé et la remise à plat de leur financement. Jusqu’à quand persistera-t-on à tenir les revenus financiers à l’abri de toute contribution ? Va-t-on s’enfoncer dans la logique actuelle d’exonérations patronales quand tant de besoins émergent ? Laissera-t-on encore longtemps les grands groupes pharmaceutiques, les gâchis que génèrent leurs guerres de marché, leurs profits et ceux réalisés par les compagnies d’assurances privées, à l’écart de cette remise à plat ? Et plutôt que de pointer du doigt les assurés, quand ambitionnera-t-on de réorganiser plus efficacement les différents réseaux et structures de santé autour d’objectifs de réduction des inégalités d’accès aux soins, plutôt que de laisser les appétits du privé imposer leurs critères de gestion et leurs logiques de marché ? Menée avec l’ampleur et l’ambition nécessaires, la bataille contre les franchises médicales peut décidément porter loin .