Licencié pour une poignée de main refusée .
Répression . Un délégué CGT de Peugeot Motocycles licencié pour ne pas avoir salué ses collègues.
Correspondance particulière.
Les heures de gloire de l’antisyndicalisme dans l’entreprise Peugeot semblent être de retour. Vendredi matin, Emmanuel Guillier, délégué CGT de Peugeot Motocycles (PMTC) à Mandeure (Doubs), a été convoqué par sa direction à un CE extraordinaire pour évoquer son licenciement au motif qu’il aurait craché par terre et qu’il n’aurait pas serré la main à d’autres salariés. Depuis un certain incident au dernier Salon de l’Agriculture, ne pas saluer quelqu’un constituerait-il un délit ? Toujours est-il que ce geste de mécontentement vaut à Emmanuel Guillet une plainte en bonne et due forme à la gendarmerie du secteur de la part de deux collègues de travail. La direction met donc en avant cette procédure pour justifier ce licenciement en pointant « son comportement, son attitude provocante, ses insultes » en excluant tout rapport avec le conflit dur mené par la CGT qui refuse toujours toute renégociation des 35 heures dans l’entreprise.
Parmi les salariés, la consternation est à son comble : « C’est une mascarade. Ce sont des méthodes d’un autre âge. On retrouve notre patronat des années 1970. En s’en prenant de cette façon à Manu, la direction tente de faire taire les salariés qui se sont mobilisés dernièrement pour la sauvegarde de leurs 35 heures », pestent, en choeur, des salariés réunis devant l’entreprise. Lors de ce comité d’entreprise extraordinaire où le licenciement d’Emmanuel Guillet a été examiné, la CGT, la CFDT et FO ont voté contre alors que la CGC s’est abstenue. Un résultat insuffisant pour contrer cette procédure. Didier Salvador, représentant CGT au CE de PMTC, ne cache pas son dégoût : « Comme par hasard, les huit témoignages sont ceux de huit salariés qui ont tenté de briser la grève. Ces personnes ont été parmi les plus provocantes lors du conflit contre le retour aux 39 heures. La seule chose que l’on puisse reprocher à Manu, c’est d’avoir refusé de serrer la main à des briseurs de grève. Il l’a admis. Mais il en a tout de même le droit ! »
Emmanuel Guillier est victime depuis plusieurs mois d’un bon nombre de provocations de la part de sa hiérarchie. Fer de lance de la mobilisation salariale contre les délocalisations en Chine de certaines productions de scooters et, en février dernier, contre le retour des 39 heures dans l’entreprise, il a reçu une abondante correspondance de sa direction le mettant en garde contre d’éventuelles sanctions. La CGT a, par ailleurs, engagé une procédure judiciaire contre la direction pour « harcèlement vis-à-vis de leur collègue ». Vendredi soir, 320 salariés du site de Mandeure avaient signé la pétition de soutien à « Manu ». Le maire PS d’Audincourt, Martial Bourquin, a lancé un appel aux élus de la région pour qu’ils rejoignent une chaîne de solidarité destinée à faire pression sur les instances qui devront se prononcer les prochains jours sur le licenciement d’Emmanuel : « Dès aujourd’hui, j’écris au directeur régional de l’inspection du Travail pour lui dire que s’il donnait suite à cette procédure, ce serait une véritable injustice. Dès aujourd’hui, je demande aux maires du Pays de Montbéliard d’adhérer au comité de soutien de Manu. Nous sommes face à des briseurs de vie. La réponse doit être à la hauteur de cette attaque. » Une première réponse devrait être donnée aujourd’hui par les salariés de Peugeot Motocycles solidaires d’Emmanuel selon une forme restant à déterminer.
Alain Cwiklinski
l' Huma du 10 / 03 / 08