Supplément de travail et de colère dans les bahuts .

Publié le par domik27

Éducation . L’augmentation des heures supplémentaires dans les collèges et les lycées aiguise une tension déjà forte chez les enseignants.

Il ne suffisait pas qu’on leur supprime des postes. Il fallait, en sus, qu’on leur impose de parer au déficit. À mesure que les établissements prennent connaissance des crédits qui leur seront accordés l’an prochain, les enseignants font entendre leur colère. Des grèves éclosent en Midi-Pyrénées. Dans les Alpes-Maritimes, près de la moitié des collèges et lycées ont déjà rejeté, en conseil d’administration, le budget proposé par le rectorat. En Région parisienne, la gronde, éparse, perçue à l’orée des vacances d’hiver, promet de renaître avec la reprise des cours. Les syndicats, enfin, appellent à une grève nationale le 18 mars.

AUGMENTATION

DES QUOTAS d’HEURES

SUPPLÉMENTAIRES

La baisse des dotations globales horaires (DGH), bien sûr, est en cause, quand certains bahuts se font sucrer plusieurs dizaines d’heures de cours par semaine. Mais à cette privation, chronique depuis quatre ans, s’ajoute une donnée nouvelle : les heures supplémentaires, dont les quotas augmentent en même temps que les postes disparaissent. « À la rentrée 2007, la dotation accordée à notre lycée imposait 200 heures supplémentaires. Cette année, elle en impose 317 », explique Mireille Bournot, prof de mathématique au lycée Jean Macé de Vitry-sur-Seine, dans le Val-de-Marne. Dans le même temps, 7 postes risquent de sauter, voire 8, selon les scénarios qu’avançait le rectorat avant les vacances. « Il est question de n’avoir plus que 11 profs de maths au lieu de 12, illustre l’enseignante. Mais le nombre de classes et d’élèves ne change pas. » Aux profs encore en poste, donc, de compléter la différence, via les heures supplémentaires.

À l’échelon national, l’affaire n’est pas franchement une surprise. Le président de la République, le Premier ministre et le ministre de l’Éducation l’ont tous répété : les enseignants devront participer à l’effort exigé dans le cadre de la réforme de l’État. Accouplée au « Travailler plus pour gagner plus », la consigne accouchait, en novembre, d’un budget 2008 actant le non-remplacement de 11 200 départs en retraite, dont près de 3 500 devaient être compensés par des heures supplémentaires.

Mais il en va des coupes budgétaires comme des baffes : ce n’est pas la menace qui fait le plus mal, c’est le coup. L’amertume est d’autant plus sévère que ce tour de bonneteau gouvernemental ne cherche pas à masquer sa carte : l’économie, vaille que vaille. Car si la baisse du nombre d’élèves sert souvent de justificatif à la suppression de postes, l’inverse n’est pas automatique. Le collège des Vallées du Paillon de Contes, dans les Alpes-Maritimes, devrait ainsi gagner 2 classes supplémentaires du fait d’effectifs à la hausse. « Mais sur les 51 heures de cours accordées en plus, 30 sont des heures supplémentaires, explique Alain Galan, prof de technologie et secrétaire départemental adjoint du SNES-FSU. Ils manipulent la conscience professionnelle des collègues : ils savent qu’on ne laissera pas nos élèves sans cours. »

La conscience des profs ne sera pas seule en jeu. Le besoin d’augmenter leur pouvoir d’achat devrait, lui aussi, en inciter beaucoup à faire le pas. Alors que certains ont d’ores et déjà signé des pétitions par lesquelles ils s’engagent à ne pas accepter ces heures sup, la mesure risque de diviser les enseignants.

Une autre pourrait les réunir malgré eux : la transformation de leur statut. Engagée cet hiver avec les travaux de la commission Pochard, elle doit être achevée d’ici juin. Actuellement, les profs ne peuvent se voir imposer qu’une seule heure supplémentaire par semaine. Est-il vraiment osé de prédire que ce nombre sera revu à la hausse ?

Marie-Noëlle Bertrand
l' Huma du 10 / 03 / 08

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