Pourquoi la récession menace

Publié le par domik27

Conjoncture . France, Allemagne, Espagne…, tous les prévisionnistes convergent pour souligner la gravité de la situation en Europe et dans la zone euro. Les raisons de la crise. Décryptage.

Le recul de la croissance de la plupart des économies européennes et de la zone euro enregistré au second trimestre nourrit des craintes de récession sur tout l’Ancien Continent. Tous les grands pays sont concernés. La France est particulièrement touchée (- 0,3 %). L’Allemagne, considérée jusqu’alors comme la « locomotive de l’UE », n’est pas épargnée, loin s’en faut (- 0,5 %). Et tous les indicateurs (consommation, investissements, commerce extérieur, immobilier, accès au crédit) ont viré au rouge (voir nos infographies et notre encadré ci-contre). Toutes ces données ne semblent guère laisser de doute à une confirmation de la tendance au prochain trimestre et donc à une entrée de l’Union européenne dans une phase récessive en bonne et due forme « technique » (soit une contraction de l’activité sur deux trimestres consécutifs).

À l’origine la crise financière

Avant même les États-Unis d’où est parti il y a un an le krach financier et bancaire qui n’en finit pas d’étendre ses ravages, l’Europe est ainsi touchée de plein fouet. Au départ, on s’en souvient, l’éclatement de la bulle immobilière outre-Atlantique, qui a fait, à son tour, voler en éclat l’édifice des subprimes, ces crédits hypothécaires à risque destinés à financer l’accès au rêve américain des ménages les plus modestes. Avec la dépréciation de la valeur des biens immobiliers, les défauts de paiement et les saisies se sont multipliés (plus de 2 millions de familles sont aujourd’hui concernées). Des organismes de prêts, puis les plus grandes banques états-uniennes et bientôt l’ensemble de la planète financière et bancaire sont contaminés.

Les décisions prises ces dernières années, sous injonction de la pensée néolibérale dominante, ont favorisé la diffusion très rapide de la crise. Sous prétexte de modernisation des places financières, elles ont ouvert la voie à la création de produits financiers de plus en plus sophistiqués, faisant la part toujours plus belle à la spéculation. Dont la titrisation des emprunts souscrits par les familles modestes des États-Unis cherchant à acquérir un logement. Les rendements à deux chiffres initiaux ont provoqué une ruée généralisée sur ces produits « miracle ». Jusqu’au moment où la baisse accélérée des prix de l’immobilier, sur lesquels les emprunts étaient gagés, a fait s’écrouler tout l’édifice, tel un vulgaire château de cartes.

La délocalisation

du krach

Grâce aux prérogatives exorbitantes du billet vert, la réserve fédérale (FED) et les autorités états-uniennes sont parvenues à délocaliser en partie la crise qui a éclaté chez eux. Si le ralentissement et les menaces de récession demeurent très élevés outre-Atlantique, ce sont en effet le Japon (déjà officiellement en récession) et l’Europe qui sont les plus fortement touchés par une véritable contraction de l’activité. La baisse des taux d’intérêts, orchestrée par Washington, jusqu’à des niveaux largement inférieurs à l’inflation a constitué un redoutable dumping monétaire, les firmes états-uniennes, voyant leur compétitivité considérablement renforcée par rapport à leurs concurrentes européennes ou japonaises. Ce qui se traduit par une nette dégradation des balances commerciales européennes, y compris celle de l’Allemagne.

À noter que la manoeuvre s’est trouvée facilitée par la politique dite de l’euro fort pratiquée par la Banque centrale européenne, l’UE payant là très cher une politique fondée sur le dogme monétariste.

Faire payer

les pauvres

Face à la gravité de la situation, l’heure n’est plus, du côté officiel français, aux fanfaronnades sarkozyennes, quand le président se faisait fort « d’aller chercher la croissance avec les dents ». Il s’agit désormais de tenter de se dédouaner, en présentant la crise comme une fatalité « extérieure ». Christine Lagarde, qui continue de marteler que « les fondamentaux de notre économie » seraient bons, invoque ainsi « la dégradation de notre environnement international ». Plus fort encore, Jacques Attali présente la crise financière comme « un tsunami ». Un cataclysme naturel donc, contre lequel le meilleur remède serait de nous adapter. Et de poursuivre les politiques induites dans le « plan pour la croissance de l’économie française » que l’énarque socialiste a remis au début de l’année sur le bureau du locataire de l’Élysée. Autrement dit : une nouvelle fuite en avant dans des mesures de libéralisation du commerce, dévouées au moins-disant salarial ou au démantèlement des services publics, dans la droite ligne des « réformes » inscrites précisément dans… le processus de « financiarisation », celui-là même qui est à l’origine de la crise d’aujourd’hui.

L’appel à l’impondérable de la déferlante de la crise financière vise, on l’aura compris, à en présenter la note exclusivement aux plus pauvres. On prépare ainsi le terrain de l’annonce d’un nouveau plan d’austérité pour l’année 2009 et donc de nouvelles ponctions du pouvoir d’achat, qui diminueraient encore la consommation et aggraveraient les risques de récession. Alors que pour relancer effectivement l’activité, l’heure devrait être à des remises en cause radicales et courageuses qui permettent de s’émanciper peu à peu de la tutelle si désastreuse des marchés financiers.

Bruno Odent

l' Huma du 18 / 08 / 08

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