Il manque 200 euros aux minima sociaux .

Publié le par domik27

Par Gérald Briant, adjoint au maire du 18e arrondissement de Paris, chargé des affaires sociales et de la lutte contre l’exclusion (*), et Ian Brossat, président du groupe communiste au Conseil de Paris, élu du 18e arrondissement de Paris.

Que faire devant la multiplication des marchés de la misère ?

Chaque jour, la crise égraine sans fin les chiffres de ses suppressions d’emplois et de ses fermetures d’usines. Cette litanie statistique dit la dépression sans précédent qui frappe l’économie mondiale. Ce qu’elle ne dit pas, en revanche, c’est le retour d’une misère qu’on pensait vaincue depuis longtemps et qui éclate au grand jour dans la rue.

Paris ne fait pas exception. Dans le 18e arrondissement, à la porte Montmartre, plus de mille personnes s’installent chaque semaine à proximité des puces de Saint-Ouen. Devant eux, par terre, étalés sur des draps ou des couvertures, des vêtements usagés, de la nourriture, parfois des médicaments, souvent récupérés dans des poubelles. En plein Paris, une économie de la débrouille se développe au grand jour. Le phénomène n’est pas isolé : à Château-Rouge, Belleville, porte de Montreuil, porte de Vanves, et ailleurs encore, ces marchés de la misère se propagent à une vitesse incroyable. Depuis l’origine des Puces, il y a toujours eu des « biffins », mais depuis l’été dernier leur nombre a été multiplié par dix.

En quelques mois, le phénomène a pris une telle ampleur que la population du quartier, l’une des plus populaires de la capitale, crie son désarroi. Elle a l’impression d’être abandonnée, délaissée. Pire, des réactions racistes apparaissent : certains habitants s’en prennent aux vendeurs à la sauvette, les tensions communautaires s’exacerbent. Pour faire face, la mairie d’arrondissement et la mairie de Paris se démènent au quotidien pour trouver des solutions adaptées. Elles viennent de définir un emplacement de vente solidaire. Pourtant, ce marché de la misère à ciel ouvert appelle des réponses d’un tout autre ordre que celles qu’une collectivité, même Paris, peut apporter.

Car cette terrible misère est née de la crise économique et de l’absence de réponses gouvernementales aux urgences sociales. En raison d’un pouvoir d’achat exsangue, de plus en plus de personnes vendent ce qu’elles trouvent, ou le peu qu’il leur reste, en espérant gagner quelques euros pour tenir encore un peu. C’est la même misère qui pousse de plus en plus de gens à acheter nourriture et vêtements sur ces marchés. Qu’importe leur provenance. Autre signe des temps : un nouveau secteur de développement s’est créé pour les supermarchés, la vente de denrées périssables proches de la date de péremption. Faute d’un filet social réel, on vit d’expédients, on accepte de sombrer un peu plus dans la marginalité, sans espoir de retour. Ce mouvement traduit l’incapacité de l’État d’être à la hauteur de la situation.

En France, le seuil de pauvreté est curieusement plus bas qu’en Europe : 681 euros pour une personne seule au lieu de 817 euros. Ces 681 euros correspondent de fait à l’addition d’un RMI et d’une allocation logement, ou à peu près. La France aurait tout intérêt à s’inspirer de l’Europe. Il est irresponsable et irréaliste de ne pas augmenter les dix minima sociaux français de manière à les mettre, au minimum, au niveau du seuil européen de pauvreté. À moins, bien sûr, de considérer que les directives européennes ne doivent servir que les seuls marchés financiers. Cette augmentation immédiate est nécessaire pour la survie d’un grand nombre de nos concitoyens. Elle correspond aux 200 euros que les populations antillaises ont exigés et obtenus. Le 7 juin, ce sera aussi l’occasion d’élire des députés du Front de gauche porteur de cette ambition. Votons.

(*) Membre de la commission pauvretéexclusion du Conseil national du PCF

site de l'Huma

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