CGT : La Vie Ouvrière,un siècle d'aventure et de luttes .
L’hebdomadaire de la CGT a connu une aventure éditoriale hors du commun que retracent Denis Cohen et Valère Staraselski.
1909-2009, un siècle
de Vie ouvrière,
de Denis Cohen
et Valère Staraselski, préface de Bernard Thibault, Éditions
Le Cherche-midi,
176 pages, 30 euros.
Dans moins d’un mois, la Vie ouvrière fêtera son centième anniversaire.
Le fait, rare dans la presse française, l’est plus encore dans le secteur fragile
des journaux engagés ou militants. L’aventure
de cet emblème de l’expression et des luttes des travailleurs vaut
bien qu’on la raconte,
et c’est à cette tâche
que se sont attelés
Denis Cohen et Valère Staraselski.
L’un est dirigeant syndical, l’autre, écrivain, a longtemps exercé
des responsabilités importantes
dans la presse du monde du travail. Un tandem bien placé pour faire revivre cette aventure éditoriale
et humaine hors du commun.
En 1909, la CGT a quatorze ans. Fondée au congrès de Limoges
en octobre 1895, elle avait un hebdomadaire, la Voix du peuple. Mais elle est divisée, ses militants pourchassés voire emprisonnés
par la police de Clemenceau.
C’est alors qu’un ancien anarcho-syndicaliste, Pierre Monatte, s’associe avec quelques amis pour créer une revue d’information et de réflexion, paraissant le 5 et le 20 de chaque mois, dans le but de « donner à l’ouvrier
la science de son malheur ».
En trois mois, cinq cent cinquante abonnements sont souscrits :
le seuil de rentabilité est atteint.
Des chiffres difficiles à comparer
à ceux d’aujourd’hui, mais
qui permettent au bimensuel
de se développer, de gagner
en influence - sa diffusion triple
en deux ans - et de passer du statut
de journal de tendance à celui
de pivot de la circulation
de l’information et des idées, et cela malgré des difficultés financières incessantes, qui semblent
un invariant de la presse syndicale
et politique dans notre pays.
L’ouvrage proposé par Denis Cohen et Valère Staraselski permet de suivre, année après année, ce siècle de VO. On y voit les grands moments, les années noires. Celles de la Première Guerre mondiale, de la CGT sombrant dans l’union sacrée, où Monatte démissionne en signe de protestation. Heures de division, avec la scission
de l’après-guerre, où la VO, logiquement, devient l’organe
de la CGTU. Heures de combat
et d’unité avec la réunification,
le Front populaire. Et on lira, presque au quotidien, la chronique
de la résistance et la libération.
Ce feuilletage au long cours encadre, au centre de chaque double page,
des coups de projecteurs sur des sujets politiques, culturels, sociaux
qui illustrent souvent l’ouverture
et l’esprit pionnier de la revue.
Un ouvrage passionnant qui ouvre
sur les perspectives contemporaines
et les transformations nécessaires pour demain. Et aussi un bel objet,
à offrir ou se faire offrir.
Alain Nicolas
site de l'Huma